Bővebb ismertető
DÉSESPOIR EST MORT
Je n'ai pas encore tres bien compris comment cela s'est fait, — en moi et en nous. D'ailleurs, je ne cherche pas. Il est de certains miracles tres naturels. Je veux dire : tres faciles a accepter. Je les accepte de grand cour et celui-ci fut de ceux-la. J'y pense souvent. Je m'attendris, je souris et m'étire. Je sais qu'il y aurait surement quelque chose a trouver. A quoi bon ? Cette demi-ignorance, ma foi, me convient.
Comme les plus profonds tourments pâlissent vite ! Il y a trente mois je désirais la mort ^ Nous étions quelques-uns a la désirer. Nous ne parvenions a voir devant nous rien qu'un abîme fétide. Comment y vivre ? Pourquoi attendre une asphyxie immonde ? Ah ! trouver un rocher désert, une île abandonnée, loin de la melée répugnante des hommes Comme cela semble étrange, aujourd'hui, — ou nous avons tant de motifs d'espérer ! Mais l'espoir, le désespoir, ne sont pas choses raisonnantes ni raisonnables. Le désespoir s'était emparé de nous, du chef a l'orteil. Et, il faut bien l'avouer, ce que nous avions vu, ce que nous voyions encore ne nous aidait guere a le secouer.
Car nous n'étions pas tous désespérés. Oh ! non. Dans ce mess hétéroclite, ou le désastre avait rassemblé une douzaine d'officiers venus de toutes parts, sans point commun sinon celui de n'avoir pas combattu, la note dominante n'était pas le désespoir. Chacun était avant tout préoccupé de soi. Et pourvu que tous les chemins ne
1. Ecrit en 1942.