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INTRODUCTIONJe ne sais si l'on pourra mettre dans des lettres plus d'esprit, plus de tour, plus d'agrément et plus de style que l'on en voit dans celles de Balzac et de Voiture ; elles sont vides de sentiments qui n'ont régné que depuis leur temps, et qui doivent aux femmes leur naissance. Ce sexe va plus loin que le nőtre dans ce genre d'écrire. Elle trouvent sous leur plume des tours et des expressions qui souvent en nous ne sont l'effet que d'un long travail et d'une pénible recherche ; elles sont heureuses dans le choix des termes qu'elles placent si juste, que tous coimus qu'ils sont, ils ont le charme de la nouveauté, et semblent etre faits seulement pour l'usage ou elles le mettent ; il n'appartient qu'a elles de faire lire dans un seul mot tout un sentiment, et de rendre délicatement une pensée qui est délicate ; elles ont im enchaînement de discours inimitable qui se suit naturellement, et qui n'est lié que par le sens. Si les femmes étaient toujours correctes, j'oserais dire que les lettres de quelques-imes d'entr" elles seraient peut-etre ce que nous avons dans notre langue de mieux écrit.La Bruyere, Les Caracteres, 1689.On conçoit aisément que les femmes qui ont de l'esprit et un esprit cultivé, doivent mieux écrire les lettres que les hommes meme qui écrivent le mieux. La nature leur a doimé xme imagination plus mobile, ime organisation plus délicate : leur esprit, moins cultivé par la réflexion, a plus de vivacité, et de premier mouvement, il est plus primesautier, comme dit Montaigne : renfermées dans l'intérieur de la société, et moins distraites par les matieres et par l'étude, elles mettent plus d'attention a observer les caracteres et les manieres ; elles prennent plus d'intéret a observer tous les petits événements qui occupent ou amusent ce qu'on appelle le monde. Leur sensibilité est plus prompte, plus vive, et se porte sur un plus grand nombre d'objets.Suard, Du style épistolaire et de Kf" de Sévigné, 1778.Genre épistolaire : genre de style exclusivement réservé aux femmes.Flaubert, Dictionnaire des idées reçues.