Bővebb ismertető
11
LA REBELLION DE L'INTELLIGENCE
Un douteux héritage
Au cours d'une de ces oraisons funebres ou il lui arriva si souvent d'etre la conscience vivante de son temps, Bossuet prononça un jour^ un réquisitoire ardent contre ce qu'il appelait « l'intempérance de l'esprit ». Celle des sens, disait-il, n'est pas la seule, et peut-etre meme pas la plus flatteuse : l'intelligence aussi a ses vertiges et ses tentations. « Un orgueil qui ne peut souffrir aucune autorité légitime, un étourdissement volontaire, une témérité qui hasarde tout », telles étaient, selon lui, les causes profondes de la révolte luciférienne a laquelle mene cette intempérance. Et son but, le but de l'homme rebelle : « devenir le seul objet de ses complaisances, se faire lui-meme son dieu ». L'analyse était lucide : le vieil éveque connaissait les âmes, et son époque. Et devant les perspectives qu'il devinait, il ne pouvait se retenir de laisser paraître une poignante angoisse. Qu'allait devenir la foi chrétienne? Résisterait-elle aux assauts de l'orgueil déchaîné? Les portes de l'Enfer n'allaient-elles pas prévaloir contre la Parole? A son ami Huet, éveque d'Avran-ches, il écrivait aussi : « Je vois se préparer contre l'Église un grand combat. »
Pourtant, M. de Meaux se trompait. Le grand combat ne se préparait pas : il y avait deux siecles qu'il était engagé. La rébellion luciférienne, l'hérésie de l'intelligence, pour en trouver les origines, il faut se reporter au plein coeur de la Renaissance italienne, lorsque, émerveillé de ses progres, de ses découvertes, l'esprit des humanistes s'était peu a peu désamarré des traditions, des observances, bientôt des dogmes meme du Christianisme. Des le Quattrocento, les Pogge, les Filelfe, les Laurent Valla tout fonctionnaires pontificaux qu'ils fussent
1. Chapitre vu de l'ouvrage entier.
2. Celle d'Anne de Gonzague de Cleves, princesse palatine, prononcée en l'église du Val-de-Grâce le 9 aout 1685.
3. Pouur ne pps multiplier les références, nous renvoyons globalement a l'Index de VÉglise de la Renaissance et de la Réforme, placé a la fin du tome II.