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LES CAPRICES
DE
Goya
Lorsqu'en 1799, les Madrilenes virent en vente a la devanture d'un marchand de parfums et liqueurs de la calle del Desengano un petit album couvert de papier gris portant le titre : Caprices par Francisco Goya, ils furent frappés de stupeur et peut-etre d'admiration. Ce recueil d'estampes avait une originalité et une audace vraiment surprenantes; il fit scandale. Scandale, par le sujet : des reves, des hallucinations, des violentes satires. Scandale par la technique, car l'aquatinte, qu'on croyait réservée a fournir d'agréables planches reproduisant les dessins au lavis français de Boucher ou de ses émules, servait a donner ici des tons violents, des contrastes hardis, un dessin simplifié, rapide et vivant. C'était une date dans l'histoire de l'estampe espagnole, jusque-la assez rétrograde, attachée au burin classique ou a l'exquise eau-forte héritée de Tiepolo. Une date, plus généralement, dans l'histoire de l'art et dans l'histoire de la pensée.
Ces Caprices étaient l'ouvre de Francisco Goya y Lucientes, âgé de cinquante-trois ans, que toute l'Espagne connaissait comme un beau peintre de cour et un fécond dessinateur de cartons de tapisseries aux
VII