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INTRODUCTION
Les Confessions s'ouvrent par ces mots : « Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer a mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi. »
Une entreprise qui n'eut jamais d'exemple ? Et saint Augustin ? Et Montaigne ? et Jérôme Cardan en Italie ? et Samuel Pepys en Angleterre ? N'ont-ils pas, bien avant Rousseau, écrit leurs mémoires, leurs confessions ?
Il est vrai que saint Augustin n'a dévoilé les égarements de sa jeunesse que pour rendre témoignage a Dieu de la faiblesse de la nature humaine. Quant a Cardan, il est, selon Rousseau « si fou qu'on ne peut tirer aucune instruction de ses reveries », d'autant plus qu'elles remplissent dix in-folio d'extravagances. Enfin, si Samuel Pepys ne craint pas de révéler les détails les plus intimes de son existence, il ne porte aucun jugement moral sur ses actes et semble meme rejeter tout critere éthique. Reste Montaigne. Dans un premier préambule de son livre — préambule aban-doimé au profit d'une sorte d'appel au Jugement dernier — Rousseau s'est efforcé de prévenir les objections : « Montaigne se peint ressemblant, mais de profil. Qui sait si quelque balafre a la joue ou un oil crevé, du côté qu'il nous cache, n'eut pas totalement changé sa physionomie. »
Selon Rousseau la sincérité de Montaigne est toute relative. L'auteur des Essais ne raconte que ce qu'il lui plaît de dire. Il n'avoue que les défauts qui peuvent le