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Acta Litteraria Academiae Scientiarum Hungaricae Tomus 19 (1 — 2), pp. 135—146 (1977)
Les courants idéologiques de notre époque et la littérature française contemporaine
Par
Béla Kôpbczi
(Budapest)
1. Je me propose d'examiner la production littéraire française des trois dernieres décennies sous l'angle de l'histoire des idées de notre époque, de maniere toutefois a souligner les processus essentiels et a en tirer ainsi certaines conclusions générales, dont la validité ne se limite pas a l'évolution française.
En IVance, apres 1945, a la suite du progres économique et du changement de la structure sociale, la lutte s'est avivée non seulement entre le mouvement ouvrier révolutionnaire et la bourgeoisie, mais a l'intérieur meme de la bourgeoisie entre les différents groupes et couches, ce qui entraîna la polarisation, la différenciation et l'instabilité idéologiques. La tendance dominante de la culture opprimée devint le marxisme, qui se manifesta pendant longtemps comme l'idéologie des communistes et de leurs sympathisants mais influença aussi par la suite les tendances petites-bourgeoises, qui accepterent son analyse économique et sa critique de la société, mais refuserent son programme d'action révolutionnaire ou en firent une utopie.
Apres la Seconde Guerre mondiale, les idéologies les plus efficaces dans les diverses couches de la bourgeoisie furent celles qu'on peut appeler de « la troisieme voie ». Ainsi, pendant une dizaine d'aimées, la social-démocratie en politique et l'existentialisme au niveau de la culture, encore que le catholicisme réformé, allant souvent de pair avec le nationalisme, eut un champ non négligeable dans tous les deux secteurs. Par la suite, sous l'effet de la révolution scientifique et technique et du développement néo-capitaliste, les intellectuels de la « troisieme voie » suivirent des tendances néo-positivistes, qui furent évincées a la fin des années soixante par les manifestations irrationalistes de « l'extreme gauche ».
Apres une certaine confusion, l'idéologie bourgeoise dominante se raUia, a partir du début des années cinquante, a la variante optimiste de la technocratie, qui exploitait aussi l'idée de la nation et elle appuya des tendances d'art influencées par les philosophies positivistes, ou la culture des masses servant les idéaux de la consommation. Ces tous derniers temps a paru la variante pessimiste de l'idéologie technocratique, a laquelle se rattachent les philosophies et les manifestations culturelles irrationalistes. C'est dans cette
Acta Litteraria Academiae Scientiarum Hungaricae 19,1977