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JUSTINE (« La Princesse »)
On ne sait jamais ce que dit ou pense l'aristocratie française. En général elle gobe tout, mais il lui arrive - Dieu sait pourquoi - d'avoir quelquefois un esprit tres critique. Je ne suis donc pas entierement satisfaite du court faire-part adressé au Gaulois. Je l'ai rédigé tant bien que mal, trop vite et, a en croire Marguerite (les Montmorency ont leur opinion sur tout !), plutôt mal que bien. A la vérité, nos titres l'agacent : elle ne comprend pas tres bien pourquoi mon pauvre frere était devenu Caréty. Moi non plus, d'ailleurs. Il me semble que la principauté de Mérovée nous convenait et nous suffisait. C'est moi qui, jadis, en avais relevé le titre, restaurant notre nom véritable et réhabilitant notre maison appauvrie.
Marguerite, elle, n'a jamais voulu croire que nous sommes, nous Mérovingiens, plus anciens et plus illustres que la famille de son nigaud de mari, le vieux duc. Ces Montmorency sont tout fiers de remonter a l'an 955 - ce qui est déja épatant aux yeux du vulgum pecus, il faut le reconnaître -, mais on dirait qu'ils ignorent la date du bapteme de notre ancetre Clovis : 496 Vive Dieu! Marguerite n'est pas plus historienne que bridgeuse: quand elle est ma partenaire, chez les Saint-Grenant ou chez Henriette de Prétenon, je ne fais que d'enrager, en attendant les comptes et le moment de payer.
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