Bővebb ismertető
PREFACE
Qu'est-ce qu'une « femme savante » ? Ou plutôt, comment se fait-il que des femmes, par le fait qu'elles sont savantes, puissent faire la matiere d'une comédie ? En quoi le savoir féminin peut-il etre ridicule ? plutôt que le savoir masculin ?
Ces questions sont celles d'un lecteur de l'extreme fin du XX® siecle, évoluant dans une société égalitaire sur le plan des sexes. Elles ne se posaient pas du tout dans les memes termes pour le public de 1672, destinataire originel de la comédie des Femmes savantes. Le titre de la piece, premier point de contact avec l'ouvre (mais qui en conditionne déja la perception), était parfaitement explicite et largement informatif. Le terme s'entendait par référence a une typologie qui comprenait également la « coquette », la « prude », 1'« atrabilaire », le « jaloux », la « précieuse ». Un catalogue d'« extravagants », coupables de diverses entorses a la sociabilité, valeur cardinale de cette frange de la société de l'époque qu'on désigne par « milieu mondain ». C'est au sein de cette élite, composée de la cour du roi et de la grande bourgeoisie cultivée ^ (celle qui fréquente les « salons »), qu'est née la notion de « femme savante ». Et c'est dans la littérature prisée par cette société oisive, en particulier dans les romans « galants » de Mlle de Scudéry, que le terme fait son apparition. Milieu misogyne donc, antiféministe, pour trouver dans le savoir féminin un sujet de
1. On trouvera d'abondantes précisions sur la définition et la composition de ce milieu dans Poétique du loisir mondain (Paris, Champion, 1997) d'Alain Génétiot, aux pages 108-137.