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PRÉFACE D'ANDRÉ MALRAUX
Les Liaisons sont le récit d'une intrigue. {Comme par hasard, ce mot désigne a la fois l'organisation des faits dans un ouvrage de fiction, et un ensemble efficace et orienté de tromperies.) Intriguer tend toujours a « faire ^.oire » quelque chose a quelqu'un; toute intrigue est une architecture de mensonges; croire a l'intrigue, c'est croire d'abord qu'on peut agir sur les hommes, — par leurs passions, qui sont leurs faiblesses. Il y a la-dessous une vue de l'homme qui a trouvé quelques expressions littéraires éclatantes, de La Rochefoucauld a Laclos et Stendhal, une figure mythique d'époque^ celle de Talleyrand, et une expression idéologique assez poussiéreuse, — bien que ce soit chez Tracy que le jeune Bey le ait épingle la formule qui devait gouverner quelques-uns de ses reves et la part qu'il croyait astucieuse de sa vie : « Connaître les hommes pour agir sur eux. »
Mais que veut dire : connaître les hommes?
Tout d'abord, les hommes, plutôt que l'homme. La vie chrétienne, en faisant de l'homme le lieu du combat dont le démon était le protagoniste, limitait tres étroitement l'objet de la psychologie. Non qu'elle ignorait le domaine des psychologues qui succéderent aux psychologues chrétiens; mais elle le tenait pour secondaire. Il était moins important pour elle de connaître les raisons pour lesquelles un homme en tue un autre, que de savoir si le