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Minuit passé Mme Liang déposa son pinceau et referma son livre de comptes.La maison était silencieuse. En bas, au restaurant, ne restaient que de rares clients attardés. Mme Liang se leva, repoussant le grand fauteuil d ebene assorti a son massif bureau chinois, hérité" de son pere et rapporté de sa lointaine province natale. Elle s'approcha de la fenetre, mais n'ouvrit pas les grands rideaux de satin rouge. Bien qu'elle fut en sécurité, comme propriétaire du restaurant le plus élégant des quartiers modernes de Shanghai, il n'eut pas été prudent que sa silhouette se découpât contre les vitres d'une chambre aux lumieres allumées. On ne savait jamais ou se cachait l'ennemi. Il ne manquait pas d'hommes, ni de femmes, jaloux de la célebre Mme Liang qui s'arrangeait — nul ne savait comment — pour fournir chaque jour, dans son restaurant, les plus fines spécialités culinaires. Elle comptait parmi ses clients les personnages officiels en vue, les riches commerçants, les officiers supérieurs de l'armée.Presque tous étaient ses amis. Sereine, en apparence indifférente aux désordres politiques, elle allait et venait sans encombre. Inévitablement elle s'attirait la haine des jaloux. C'est pour-