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CHAPITRE PREMIER
La premiere fois que je vis M. Barsfiinski, il traversait le pré de Tyler avec un violon sous son bras. Il chantait a tue-tete dans une langue qu'aucun de nous ne pouvcdt comprendre, et il avait une guirlande de boutons d'or autour de la calotte de son chapeau noir.
Derriere lui venait Mme Barshinski, poussant une charrette a bras sur laquelle s'entassaient un lit de fer, une commode et deux chaises de cuisine. A sa suite, portant de plus petits éléments du foyer, s'échelonnaient les enfants Barshinski, deux filles et un garçon, comme chez nous. C'était l'été quand arriverent les Barshinski, et leur histoire -qui devint la nôtre - a beau s'étendre sur bien des étés et des hivers, ce fut en ce jour doré de 1902 que se nouerent nos étranges relations cependant que prenait corps notre soif d'exotisme issue de reves imprécis.
Je me demande encore ce qui put attirer les Bsir-shinski vers nous et - encore plus étrange - ce qui nous poussa vers les Barshinski. Ils n'étaient guere plus que des bohémiens, alors que nous appartenions a la « paysannerie aisée ». Ils étaient pauvres, sales, mais libres; nous étions bien nourris, vivions dans un certain confort, mais étroitement confinés derriere nos bcirrieres de respectabilité. Il m'arrive