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VOLTAIRELa longue, remuante, laborieuse existence de Voltaire est divisée assez naturellement en trois périodes par les deux séjours prolongés qu'il fit hors de France, le premier en Angleterre a partir de 1726, le second a Berlin de 1750 a 1753.PREMIERE PÉRIODE : ANNÉES DE JEUNESSE ET D'APPRENTISSAGEFrançois-Marie Arouet (c'était son véritable nom) est né en 1694, peut-etre a Paris, mais plus probablement dans les environs, a Châtenay, ou son pere avait une maison de campagne. Ce pere, conseiller du roi, notaire au Châtelet, était d'origine poitevine. C'était un bourgeois cossu, important et grognon. Quant a la mere, dont on sait peu de chose, elle mourut jeune, en 1701.François-Marie était le cinquieme et dernier enfant du ménage Arouet. Devenu veuf, M. Arouet se débarrassa de son plus jeune fils en le mettant en pension au college Louis-le-Grand, chez les Jésuites, une des meilleures maisons d'éducation de l'époque. Les maîtres étaient d'excellents humanistes, au pur gout classique. Chez eux, François-Marie se distingua par son application, sa précoce aptitude a tourner des vers, et d'amusantes espiegleries auxquelles ses professeurs se montraient Indulgents.François-Marie avait un parrain, l'abbé de Cbâteauneuf, qui l'aimait comme son fils et se chargea de compléter a sa maniere l'éducation de son filleul. Il l'introduisit dans les sociétés passablement dissolues ou il fréquentait, en particulier au Temple, maison de l'antique ordre des Templiers, dont l'actuel grand-prieur, Philippe de Vendőme, s'entendait a mener la vie joyeuse. Le jeune Arouet plut dans ce milieu et s'y plut. Par ailleurs, des amitiés de college, soigneusement entretenues, l'avaient mis en relations avec des jeunes gens de nobles familles. C'est ainsi que le fils du notaire fréquentait, vers la vingtieme année, un certain nombre de grands seigneurs, excellents modeles de grâce impertinente, de vie élégante, mais aussi d'intelligence avisée et dégagée de préjugés. Son tempérament le portait exactement dans le meme sens.M. Arouet essaya bien, a quelques reprises, de réagir. Expédié a La Haye, ou le frere de Châteauneuf était ambassadeur, le jeune homme ne s'y montra pas plus sage qu'a Paris. On le mit alors comme clerc dans l'étude de M<> Alain, place Maubert. Cela non plus ne dura pas et M. Arouet dut se résigner aux succes mondains et littéraires de son fils. Car le jeune