Bővebb ismertető
« Enfin, U est facile de concevoir comment les imitations que la peinture et la poésie nous présentent sont capables de nous émouvoir quand on fait réflexion qu'une coquille, une fleur, une médaille oii le temps n'a laissé que des fantômes de lettres et de figures, excitent des passions ardentes et inquietes. [ ]. Une grande passion allumée par le plus petit objet est un événement ordinaire. '
/Du Bos/
INTRODUCTION
La question de i'e:xpression des passions, qui tient une place centrale dans la réflexion picturale française, constitue un objet de recherche aussi intéressant que fascinant. Dans le présent travail, nous tâcherons de poursuivre l'évolution de cette catégorie, l'un des concepts majeurs du discours pictural aux XVIP et XVIIP siecles français. On rencontre la question de l'expression dans maints écrits, théoriques ou critiques, sur la peinture : elle se trouve fréquemment au centre de leur préoccupation. Cette question est, en effet, intimement liée a la problématique de la hiérarchie des genres picturaux. Il est frappant de voir que les théoriciens de l'époque envisagée traitent avant tout de la peinture d'histoire, éventuellement du portrait ou du paysage animé, alors qu'ils tendent a négliger la peinture de genre et k nature morte ou a leur accorder une place marginale. L'attitude fort semblable des critiques d'art des Salons a l'égard des genres nous incita a la recherche des causes de cette position.
Si, conformément a ses précurseurs théoriciens de peinture, Diderot ne cesse de réaffirmer le primat de l'animé sm l'inanimé et celui de l'action sur l'inaction, faudrait-il considérer son attitude pour autant comme une adhésion a l'esthétique classique ? Une telle constatation serait sans doute une simplification facile. De plus, on ne peut pas utiliser les termes « esthétique » ou « classique » sans préciser le sens dans lequel ils sont employés.
De meme, il est impossible de parler de la portée du critere de l'expression des passions sans définir d'abord ce que le discours pictural naissant en France entendait par « expression ». Dans les conférences de Le Brun, ce terme peut encore revetir deux acceptions : dans le sens étendu, celui de l'expression générale, il renvoie a l'accord des éléments du tableau, grâce auquel celui-ci suggere a son spectateur un effet d'harmonie. Alors que cette acception peut concerner pratiquement tous les genres picturaux, il en va autrement pour l'expression particuliere. Néanmoins, la plupart des académiciens emploient le terme « expression » dans le sens restreint, celui de l'expression des passions : a l'opposé de l'expression générale, cette catégorie est réservée aux tableaux représentant des sujets humains.
En abordant la catégorie de l'expression des passions, il nous faut indiquer la difficulté qu'elle dépasse, en réalité, largement le champ de l'esthétique. Elle releve de plusieurs autres domaines, parmi lesquels nous avons tenu pour nécessaire de faire quelquefois des détours vers la philosophie ou la théorie rhétorique et dramatique des époques souvent antérieures a la période qui nous intéressait. En dépit de tels détours, nous devions imposer des limites, spatiales et temporelles, a ce travail dont l'objectif consistait dans l'étude du discours pictural français pendant une période bien déterminée : entre 1667, date des premieres Conférences
^ DU BOS, abbé Jean-Baptiste, Réflexions critiques sur la poésie et sur b peinture (1719), Paris, E.N.S.B.A., 1993, partie, sect. 3, p. 15.