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AVANT-PROPOS
Ayant publié, il y a vingt-cinq ans, un petit livre de débutant sur Le Radicalisme, je m'étais depuis longtemps promis d'y revenir un jour, avec une expérience professionnelle et politique un peu enrichie par le temps. C'est en m'attachant, parmi d'autres travaux, a cette nécessaire révision, que je me suis aperçu peu a peu que le contexte général des doctrines républicaines méritait d'etre étudié a nouveau. Malgré quelques scrupules, encouragé par des amis et des collegues spécialistes d'histoire contemporaine, de droit public ou de science politique, je me suis donc mis directement a la besogne. Mommsen lui-meme disait : « Que le monde est triste et petit pour celui qui n'y voit que des problemes de mathématiques ou des inscriptions latines! » D'ailleurs, en me limitant tres systématiquement a l'histoire des idées politiques en France au XIX' siecle, je n'avais pas l'impression de m'éloigner d'une maniere trop compromettante d'un sujet que j'étudie avec prédilection dans r histoire ancienne. A trop cultiver des différences, on oublie aussi le poids de la tres longue durée, et la nécessaire unité du genre humain, qui n'est pas seulement dans l'espace, mais dans le temps. C'est du moins ce que m'ont appris, dans leur sagesse que je fais mienne, les républicains français.
Il serait trop long de citer ici nommément tous mes amis, tous mes collegues, qui, avec une rare patience et une remarquable absence de préjugés professionnels, ont bien voulu encourager mon entreprise, et répondre longuement a mes questions intéressées. Je dois mentionner cependant ceux dont l'aide a été la plus marquée et la plus continue, certains acceptant meme de lire tout ou partie de mon manuscrit. D'abord, Pierre Mendes France, qui a bien compris que ce livre était aussi un modeste tribut de reconnaissance
INTRODUCTION
Les incertitudes des mots.
Je me propose de rechercher si, en français, le mot République a un sens. La France est une République. Mais la | République n'est pas la France, puisque, dans son histoire récente depuis moins de deux siecles, la France a été aussi une monarchie absolue de droit divin, deux Empires, deux monarchies constitutionnelles, un « État », sans parler des périodes ou elle n'a rien été, vivant sous des gouvernements provisoires ou révolutionnaires. La France est une République, mais elle en a connu officiellement au moins cinq différentes, numérotées comme les prénoms de ses rois. Qui plus est, cette succession de Républiques n'a pas seulement valeur chronologique. De l'une a l'autre, bien que chaque fois le nouvel ordinal se présente volontiers comme un retour aux sources, comme le rétablissement d'une légitimité interrompue, il signifie aussi des changements, dans l'inspiration doctrinale comme dans la pratique institutionnelle. La République est donc multiple, et s'avance masquée. Elle s'est a deux fois, par un enchaînement que certains jugeaient inévitable, transformée en « Empire ». Plus tard d'ailleurs, la Troisieme du nom s'est elle aussi faite impériale, dans un sens un peu différent, par la conquete coloniale. On a meme un jour essayé de persuader a la France que le roi qu'on lui procurait en la personne de Louis-Philippe était « la meilleure des Républiques »•.
Si bien que, pour s'entendre, il faut preter a la République un nombre presque infini d'épithetes, d'attributs, ou de génitifs possessifs. Petit jeu dont peuvent s'égayer ou s'attrister, selon