Bővebb ismertető
INTRODUCTION
« L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. »
Nietzsche.
« Malheur aux vaincus », disaient les Romains. Cette formule ne signifiait pas seulement l'extermination des vaincus ou leur réduction en esclavage. Elle signifiait (et signifie encore) que le vainqueur écrivait l'histoire de sa guerre victorieuse, prenait possession du passé, s'emparait de la mémoire. George Orwell, qui fut peut-etre le seul auteur occidental a avoir compris la nature profonde du monde soviétique, a trouvé cette formule lapidaire et impitoyable : « Qui contrôle le passé, contrôle l'avenir. » Mais il n'était pas le premier a le dire. Déja, le premier historien marxiste russe, M. N. Pokrovskij, affirmait que l'histoire était de la politique tournée vers le passé.
Depuis des temps immémoriaux, l'histoire est écrite par les vainqueurs. Celle de l'Union soviétique n'est pas simplement un nouvel exemple confirmant la regle. Pour la premiere fois, l'histoire a été mise sciemment et systématiquement au service du pouvoir. Ce qui suit le coup d'Etat d'octobre, ce n'est pas seulement la nationalisation des moyens de production, c'est aussi celle de tous les domaines de l'existence. Et avant tout celle de la mémoire.
C'est la mémoire qui fait l'homme. Sans mémoire, l'homme n'est plus qu'une masse informe que les contrôleurs du passé peuvent façonner a leur guise. Déja, le comte Benkendorff écrivait : « Le passé de la Russie fut étonnant, son présent est plus que magnifique et quant a son avenir, il dépasse tout ce que pourrait se figurer l'imagination la plus hardie. » Et c'est de ce point de vue, estimait-il, que « l'on doit considérer et écrire l'histoire russe ». Gorki proclamait : « Il nous est nécessaire de connaître tout notre passé, mais non pas de la façon dont il a déja été décrit : il faut l'éclairer par la doctrine de Marx-Engels-Lénine-Staline'. »
Les bonnes intentions du comte Benkendorff reçurent pour base la doctrine déja citée et permirent de priver la nation de sa mémoire. Pendant les décennies qui suivirent la révolution, on mit au point une technique de