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^ Éditorial par Pascal Amel
II ti'y a pas d'art français mais il y a des artistes en France
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On sait que, durant des décennies, du XVII^ siecle a la seconde guerre mondiale, le rayonnement de l'art venu de France fut considérable. On sait également que, des l'Impressionnisme (Sisley, Van Gogii ), et pour ce qui concerne l'art moderne (Picasso, Kandinsly, Brancusi, Man Ray l, ce furent autant les artistes étrangers qui y séjournerent que les artistes nés sur son sol qui s'en firent les émissaires, la fortune critique de leurs ouvres franchissant conjointement les frontieres de l'Hexagone. On sait aussi que, a cause de l'absence de soutien des politiques et des collectionneurs français de cette période et par une nouvelle donne des puissances occidentales apres la Libération, les États -Unis, et en particulier New York, ont supplanté le leadership de la "représentation mondiale" de l'art en apportant leur soutien a la talentueuse génération des Expressionnistes Abstraits (De Kooning, Pollock, Mothervi/ell, Rothlo |, puis a celles du Pop Art, du Minimalisms et de l'art Conceptuel tout en déniant l'importance considérable de Paris et des influences esthétiques issues de l'Europe (Russie y comprise! : songeons, entre autres, a l'apport essentiel de Matta et de Masson sur les premiers pas de l'Expressionnisme Abstrait, des Suprématistes russes sur le Minimalisme, du Pop Art anglais sur le New-yorkais Lart américain s'est délibérément constitué en tant que tel et son succes fut suffisamment probant pour, des la fin des années 70, contraindre ceux qui désiraient exister sur la scene internationale a se constituer, eux aussi, en tant qu'expression strictement nationale : d'ou l'émergence des artistes allemands, des sculpteurs anglais, des italiens de l'Arte Povera, de la jeune génération des espagnols, etc.
La France, a tort ou a raison, n'a jamais joué cette carte. D'une part il semble qu'il n'y ait pas a proprement parler d'art français - l'on voit bien que, meme si l'on admet un tropisme pour la clarté, la mesure, la fameuse "rationalité française", trop de contre-exemples nous viennent a l'esprit (Delacroix, Gauguin, Monet, Breton et la plupart des Surréalistes, Dubuffet, Klein sont de toute évidence des artistes épris de l'expérience des limites - tailleurs, l'irrationnel, l'absolu!. D'autre part, soyons quelquefois immodestes, quand bien meme le marché de l'art
(comme n'importe quel autre secteur de l'économie] ne cesse de privilégier la visibilité immédiate - la marque - a la complexité de l'ouvre, la carte simpliste d'un art réduit a quelques traits nationaux apparaît a nombre d'entre nous trop réductrice pour etre intellectuellement satisfaisante (compte tenu de notre histoire, de la diversité des artistes venus d'horizons lointains, de la multiplicité des pratiques et des esthétiques qui ont cours dans notre pays, on peut faire le constat qu'il n 'y a pas d'art français mais des artistes en France],
D'aucuns prétendent que s'il n'y a pas d'art français c'est que nous sommes incapables de le promouvoir. C'est plus complexe que cela. Passons sur les sempiternels envieux qui, faute d'etre eux-memes des artistes (confondant le statut social du créateur - sa reconnaissance médiatique - avec ce qui demeure une nécessité intérieure!, nous ressassent année apres année qu'il n'y a pas d'artistes français dignes de ce nom : cette hypothese est tellement démentie par la réalité des ouvres qu'il nous a été donné de voir dans maintes expositions et quelques ateliers d'artistes, que nous n'insisterons pas sur ce point. Laissons également de côté les inévitables groupies adorer les superstars du jour - c'est si banalement "humain". Par contre, admettons que, longtemps, trop longtemps, la France s'est désintéressée de ses propres créateurs. Car, ne nous y trompons pas, jusque dans les années 60, non seulement la plupart des artistes de notre pays ont survécu le plus souvent grâce a des collectionneurs étrangers mais leur visibilité publique fut tres partielle, a l'aune de la cécité étrange qui semblait frapper les individus et les institutions en ce qui concerne l'art produit pourtant a deux pas de chez eux. H y eut - certes - l'exception Malraux, difficile de ne pas l'admettre. Mais il fallait davantage : attendre la fin des années 70 pour que Georges Pompidou, sensible aux novations esthétiques de son époque, décidât d'édifier le lieu résolument consacré a l'art moderne et contemporain qui porte son nom ; les années Lang pour que la France créât les FRAC et la plupart des centres d'art qui innervent aujourd'hui les régions. Il fallait que l'État, renouant avec la tradition héritée du mécénat royal, privilégiât une politique culturelle en faveur de l'art