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CHAPITREBien des années plus tard, quand elle les eut quittés, <|uand elle eut disparu de leur vie, ce qu'ils se rappelaient d'elle, c'était son sourire. Les couleurs et les traits se perdaient dans les brumes du souvenir. Ijîs yeux étaient bleus, certes, mais ils auraient aussi bien pu etre verts ou gris. Et les cheveux, noués a la grecque, ou ramenés en boucles sur le sommet de la téte, étaient-ils châtains ou brun clair? Le nez, lui, était rien moins que grec, cela était avéré, car il pointait vers le ciel, et la forme exacte de la bouche n'avait jamais eu beaucoup d'importance, ni a l'époque, ni ensuite.L'essenc(i de ce qui avait été ce visage résidait dans le sourire. Il commençait au coin gauche de la bouche et flottait un instant, raillant avec impartialité ceux qu'elle chérissait le plus-sa famille y compris-et eeux (pi'elle méprisait. Et, tandis qu'ils attendaient, mal a l'aise, un lazzi ou une insolence, le sourire gagnait les yeux, transfigurant tout le visage, l'illuminant de gaieté. Rassurés, ils baignaient dans sa chaieiu' et partageaient sa folie, et il n'y avait aucune affectation intellectuelle dans rire (pii suivait, faubourien, trucident, charnel.Voila ce (ju'ils se rappelaient apres tant d'années. Le reste était oublié. Oubliés les mensonges, les tromperies, les soudains éclats de colere. Oubliées la violence, l'extravagance, la générosité absurde, la langue caustique. Seule sa chaleur demeurait, et sa joie de vivre.Ils s'en souvenaient, chacun pour soi, masques marqués d'ombre., indistincts les uns pour les autres. Bien que les chemins de certains d'entre eux se fussent croisés, il n'y avait pas entre eux d'amitié, le lien qui les unissait était involontaire.