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MÉMOIRES, tome 1
« Je n'ai pas le souvenir de m'etre jamais dit : « Je serai quelqu'un. » Mais pas davantage je ne m'entends dire, a aucun moment de ma vie : « Je ferai quelque chose. » Ce que j'ai fait ou ce que j'ai contribué a faire, et que j'ai raconté dans ce livre, est né des circonstances, lorsqu'elles se sont présentées. Elles ne m'ont pas manqué et fetais toujours pret a les accueillir. ».
A chaque page des Mémoires de celui que de Gaulle appelait « l'inspirateur » et auquel les chefs d'État et de gouvernement des pays du Marché commun viennent de conférer le titre de citoyen d'honneur de l'Europe, un éclairage nouveau sur trois quarts de siecle de l'histoire du monde, mais surtout — et avant tout — une action et une philosophie politiques uniques.
Ainsi, ce livre est une révélation. Deux exemples suffiront pour s'en convaincre. Des le début de la Premiere Guerre mondiale, Monnet, tout jeune et déja a Londres, remplit une mission qu'il a sollicitée du président du Conseil et que celui-ci lui a confiée, en dehors de toute hiérarchie : c'est lui qui met sur pied les accords de coopération franco-britanniques en vue de faciliter les transports maritimes, accords qui joueront un rôle capital dans la victoire des Alliés. Des le début de la Seconde Guerre mondiale, Monnet récidive, passe deux ans a Washington sans poste officiel; c'est lui, citoyen d'une nation vaincue, qui devient un des conseillers les plus écoutés du président Roosevelt, le principal inspirateur du Victory Program. Le célebre économiste Keynes, dont on connaît ta modération, a écrit que Jean Monnet avait ainsi abrégé la Seconde Guerre mondiale d'une année. On sait quel fut son rôle dans l'apres-guerre. Si l'Europe existe, c'est a Jean Monnet qu'on le doit. Mais ce qu'on ignorait, c'est comment Jean Monnet mena toute son action, fidele aux regles de conduite qui ont toujours été les siennes. Jean Monnet a reçu le Prix Érasme 1977.