Bővebb ismertető
ILE TESTAMENT DE MON PEREJe suis né rue Notre-Dame-des-Champs dans un appartement dont je ne garde aucun souvenir. En revanche, l'appartement du boulevard Montparnasse dans lequel mes parents déménagerent peu de temps apres ma naissance ne s'est pas entierement effacé de ma mémoire : je vois ou j'imagine une vaste entrée-couloir qui servait, a mes freres et a moi, de patinoire et dont un panneau était tapissé par trois grandes bibliotheques, le haut rempli de livres, le bas destiné aux papiers et brochures, fermé par des portes. C'est la que, vers ma dixieme année, je découvris la littérature sur l'affaire Dreyfus que mon pere avait accumulée en vrac.Nous étions trois les petits marrons presque du meme âge, avril 1902, décembre 1903, mars 1905. Adrien fut a tous égards l'aîné, le plus vite échappé de la famille ou plutőt révolté contre elle, peut-etre a l'origine le plus adoré par ma mere (une année avant son arrivée au monde, un premier fils était mort dans un accouchement difficile ; il aurait pu vivre, disait parfois ma mere, et elle accusait le docteur). Gâté, il ne le fut guere plus que les autres, mais Adrien aurait peut-etre suivi un autre chemin si mes parents, ma mere en pleurant, mon pere en se justifiant a lui-meme sa faiblesse, ne lui avaient donné longtemps les moyens de vivre a sa guise sans travailler, dans le confort.Avant ma naissance, ma mere avait décrété que je serais la fille qu'elle désirait passionnément. Je fus donc le petit dernier comme Adrien avait été le premier. Elle souffrait parfois de la dureté des Grands, ceux qu'elle appelait les Aron. Elle me prenait par la main et j'aimais partager sa solitude, en une compUcité de tendresse. Mon pere, lui, me confia une autre mission qui pesa sur ma vie tout entiere, plus encore que mon intimité a peine consciente avec ma mere au cours de mes premieres années.