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PORTRAIT DE CASANOVA PAR
LE PRINCE DE LIGNE
Ce Casanova était un homme de beaucoup d'esprit, de caractere et de connaissances. Il s'avoue, dans ses Mémoires, comme aventurier, fils d'un pere inconnu et d'une mauvaise comédienne de Venise. On trouvera son portrait dans mes écrits, sous le nom d'Aventuros.
AVEPfrUROS
Ce serait un bien bel homme, s'il n'était pas laid : il est grand, bâti en Hercule; mais un teint africain, des yeux vifs, pleins d'esprit a la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l'inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l'air féroce. Plus facile a etre mis en colere qu'en gaieté, il rit peu, mais il fait rire; il a une maniere de dire les choses qui tient de l'Arlequin balourd et du Figaro, et le rend tres plaisant; il n'y a que les choses qu'il prétend savoir qu'il ne sait pas : les regles de la danse, de la langue française, du gout, de l'usage du monde et du savoir-vivre.
Il n'y a que ses comédies qui ne soient pas comiques; il n'y a que ses ouvrages philosophiques ou il n'y ait pas de philo-
1. — le vain travail de voir divers pays (Mauricc Scevc)
A soixante ans, Casanova est a Vienne, secrétaire de l'ambassadeur de Venise depuis quatorze mois : il écrit la dépeche. Le 23 avril 1785, Foscarini, son patron, meurt subitement entre ses bras et Casanova perd son emploi. Deux ans plus tôt, il a écrit : « J'ai cinquante-huit ans, je ne puis voyager a pied et voici venir l'hiver; et si je pense a me mettre en route pour reprendre ma vie d'aventurier, je me mets a rire en me regardant au miroir. »
Las d'aventures, la bourse plate il repart pourtant : l'heure n'est pas encore venue de tordre le cou a celle qu'il appelle sa folie vagabonde. Durant quatre mois, il récolte recommandations et lettres d'introduction, quémande, renifle une derniere fois du côté de Berlin, Brünn et Carlsbad, puis se souvenant de l'offre de Waldstein comme de sa derniere chance, vaincu, prend le chemin de la retraite.
En septembre, il est donc a Dux, en Boheme, bibliothécaire du jeune comte de Waldstein, descendant du terrible et puissant Wallenstein, neveu du prince de Ligne. Logé, nourri, mille florins par an, quarante mille volumes a cataloguer, humiliations et renoncement.