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MUSÉE DU JEU DE PAUME I
II y a un siécle, sur la terrasse du jardin des Tuileries, une salle de jeu de paume était inaugurée. Un certain Delahaye, dit Biboche, avait obtenu de l'empereur en 1861 la concession du terrain, et l'architecte Lefuel avait contrölé les plans du bátiment, dont la fa$ade répétait celle de l'Orangerie. Le succés couronna cette entreprise, si bien qu'une seconde salle fut en 1877 annexée á la premiere. Tandis que les mondains s'enthousiasmaient pour une de ces survivances de l'Ancien Régime que Napoléon III se plaisait á en-courager, de jeunes peintres passionnés par les pro-blémes de la création artistique se réunissaient, les uns, Monet, Sisley, Renoir, Bazille, dans l'atelier de Gleyre, les autres, Pissarro, Guillaumin, Cézanne, á l'Académie Suisse. Rapidement les deux groupes se liérent d'amitié et entrérent en relation avec Manet, Degas, Berthe Morisot. Unis par un mérne désir d'échapper á la sclérose de l'enseignement traditionnel et par une méme volonté de traduire librement leur vision personnelle, ces artistes allaient lutter contre de terribles difficultés, et vivre des heures d'angoisse, de désespoir méme. Ils ne pouvaient imaginer que par eux cette salle si mondaine du club du Jeu de Paume deviendrait un des sanctuaires les plus admirés des amateurs de peinture.
Ils devaient en effet étre en butte au dédain, connaitre la disgráce et entendre les pires injures. Refusés par le jury du Sálon officiel, ils se groupérent pour exposer leurs ceuvres en « Société anonyme coopérative d'artis-tes, peintres, sculpteurs, graveurs » et furent l'objet de violentes critiques. En 1874 c'est par dérision que le journaliste Leroy les qualifiait d'«impressionnistes », terme qui lui avait été inspiré par une toile de Claude Monet: «Impression. Soleil levant». En 1876 un autre journaliste, Albert Wolff, présentait ainsi aux lecteurs