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extráit du préambule
DE L'ÉDITION IN-QUARTO
DE PAUL ET Y1RGINIE.
Ce petit ouvrage n'est qu'an délassement de mes Études de la ftature, et l'application que j'ai faite de ses lois au bonheur de deux familles malheureuses. II fut publié en 1786, et l'accueil qu'il recut á sa naissauce surpassa mon attente : on en fit des ro-mances,desidylles, et plusieurs piéces de théátre. Un grand ncm-bre de mérés firent porter á leurs enfants les noms de Paul et de Virginie; enfm, la réputation de cette pastorale s'étendit dans toute l'Europe, et elle fut successivement traduite en anglais, en ifalien, en allemand, en liollandais, en polonais, en russe et en espagnol. Sans doute j'ai obligation de ce succés unanime, chez des nations d'opinions si différentes, aux femmes, qui, par tout pays, raménent de tous leurs moyens les hommes aux lois de la nature. Elles m'en ont donnéune preuve évidente, en ce que la plupart de ces traductions ont été faites par des dames ou des de-moiselles. J'ai été enchanté, je l'avoue, de voir mes enfants adop-tifs revétus de costumes étrangers par des mains maternelles ou virginales; et sans doute ils lui sont redevables d'une réputation qui semble s'étendre, des á présent, vers la postérité.
Plusieurs personnes m'ont quesnonné sur le sujet de cet ouvrage. « Ce vieillard, m'ont-elles dit, vous a-t-il en effet raconté « cette histoire? avez-vous vu les lieux que vous avez décrits ? Virít ginie a-t-elle peri d'une maniére aussi déplorable? commentune « fille peut-elle se résoudre á quitter la vie plutót que ses ha-« bits ?»
Je leur ai répondu : L'homme ressemble á un enfant. Donnez uoe rose a un eufaut: d'abord il en jouit, bientót il veut la con-naitre. II en examine les feuilles, puis il les détache l'une aprés l'autre; et quand il en connait l'ensemble, il n'aplus de rose. Télé-
BERN. DE S. PIERRE. — T. I. 2