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PROLOGUE
Ce continent en dehors de l'Histoire, selon Hegel
«Un continent sans histoire, sans philosophie, sans religion»: tel était le verdict abrupt de Hegel sur l'Afrique qui, depuis l'accession aux indépendances, a indigné les élites africaines. En décembre 1962, le président du Ghana, Kwame Nkrumah, alors qu'il ouvrait le premier Congres international des études africaines a Accra, s'en prenait aux propos du maître de léna. Plus pres de nous, le prix Nobel de littérature 1986, le Nigérian Wole Soyinka, présentait Hegel, dans son discours de Stockholm, comme «l'un des ancetres intellectuels de l'apartheid sud-africain». Entre-temps, philosophes et historiens étaient entrés dans le débat. Le Camerounais Marcien Towa voyait en Hegel le philosophe de l'impérialisme car il aurait exclu les Noirs de l'Histoire universelle. Le Congolais Théophile Obenga, disciple de Cheikh Anta Diop, critiquait Hegel pour avoir refusé au monde africain toute rationalité. De meme, selon l'analyse de Marie-Louise Diouf, l'Afrique vue par Hegel serait «en soi, irrationnelle». Le Burkinabé Joseph Ki-Zerbo pourfendait Hegel comme le porte-parole le plus radical de la these selon laquelle «l'histoire de l'Afrique n'existe pas». Plus nuancé, Amady Aly Dieng avait formellement écarté toute accusation de racisme : pour Hegel, la «barbarie» de l'Africain ne tient pas a des raisons