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Présentation
Rousseau étant l'un des plus grands, sinon le plus grand penseur français, un ensemble d'études récentes sur sa «pensée» ne devrait avoir aucun besoin de justification. Et pourtant si : depuis plus de deux siecles, la critique de Rousseau s'est attachée de préférence a autre chose qu'a sa pensée. Meme en laissant de côté ceux qui se sont intéressés a l'homme plutôt qu'a l'ouvre, ou a l'ouvre seulement dans la mesure ou elle révele l'homme, on trouve en général une attention pour l'écrivain plutôt que pour le penseur — comme si l'écrivain n'était pas, aussi, quelqu'un qui pense! Bien sur, Rousseau est l'auteur d'ouvres littéraires — roman, théâtre — et, surtout, d'écrits autobiographiques qui ont marqué profondément toute notre modernité. Mais l'essentiel, c'est que son ouvre tout entiere — écrits philosophiques, politiques, pédagogiques aussi bien qu'autobiographiques et littéraires — est une recherche passionnée de la vérité; et on ne peut négliger ce fait sans en meme temps refuser l'intention qui anime toute cette ouvre.
C'est pourtant bien ce qui se passe d'habitude. Au nom d'un privilege accordé a l'inconscient sur la conscience, a la sensation sur le concept, a la matiere brute sur le produit élaboré, on se considere en droit de mettre entre parentheses la pensée de Rousseau, pour lui préférer son «impensé» (c'était le titre d'un numéro des Cahiers pour l'analyse en 1972). Parmi les nombreuses raisons qu'il y aurait pour s'opposer a une telle attitude, retenons-en ici une seule : c'est qu'il y a une prétention démesurée a vouloir ainsi circonscrire et dévoiler un auteur a lui-meme. A quand la psychanalyse de