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PROLOGUELes hommes, petits et grands, ont toujours aimé les histoires. Longtemps avant d'avoir inventé l'écriture, ils en racontaient déja et, depuis lors, ils n'ont pas cessé. Peut-etre parce qu'ils les ont aimées quand ils étaient petits, et qu'ils veulent faire comme s'ils l'étaient encore. Peut-etre parce qu'ils ont, a leur tour, de petits enfants et qu'ils veulent leur donner, a eux aussi, tous les plaisirs qu'ils ont autrefois connus.Dans les pays ou il fait froid, les histoires se racontent au coin du feu. Mais dans les pays heureux qui ne connaissent pas, ou presque pas l'hiver, elles se racontent en plein air, pendant les longues soirées chaudes; alors, dans les villages, sur la place, se forment des cercles. Au milieu, il y a un conteur; autour, des yeux qui suivent ses gestes, des oreilles qui s'ouvrent toutes grandes pour l'écouter; un peu plus loin, la nuit transparente, le feuillage gris argent d'un olivier, un ou deux rayons de lune et, souvent, a l'écart, le murmure de la mer. D'île en île, sur la mer Egée, sur la mer Ionienne, passent les conteurs; ils suivent les lacets qui serpentent au flanc des montagnes de la Crete ou du Péloponnese. Ils vont jusqu'en Asie et sur les rives de la mer Noire, que les marins appelaient alors, pour lui faire plaisir, la Bienveillante, tant ils avaient peur qu'elle ne se fâche et ne déchaîne contre eux ses coleres. Dans les villages on les accueille volontiers. Pas de banquet, aux jours de fete, sans qu'ils se fassent entendre a la table des seigneurs. Au milieu des concours, ou les jeunes gens rivalisent de force, lancent l'épieu, tirent a l'arc, conduisent un char, il y a place encore pour eux. Lorsque tout le monde a bien chaud et que la poussiere soulevée par le sabot des chevaux ou les longues foulées des coureurs desseche les gosiers, ils se levent et, appuyant leur voix aux accords de la lyre, récitent une légende du temps passé.5