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SÁNDOR PETŐFI (1823-1849). Si, comme le disait Sándor Petőfi, la Hongrie est un bouquet sur le chapeau de Dieu, il est bien, lui, la plus éclatante, la plus odorante fleur de ce bouquet. L'image gracieuse et fanfaronne de la fleur au chapeau convient a merveille, en tous cas, a ce poete dont le cour ne cesse de palpiter d'une jeunesse allegre et violente, meme au plus noir de son destin ou du destin de son peuple, et dont l'ouvre, imprégnée d'un chro-matisme ardent et sain, est une incitation, voire une provocation a bondir librement sur tous les chemins de la vie.
Parler de Sándor Petőfi au passé n'est qu'un sacrifice a la grammaire de l'histoire, « cette vieille dame exaltée et menteuse » comme l'écrit Maupassant. En vérité, il vit toujours. Peut-etre meme, aux yeux des Hongrois d'aujourd'hui, est-il plus vivant que jamais. Pas plus en Hongrie qu'ailleurs, on ne manque de célébrités figées que l'on respecte ou vénere par habitude, quand ce n'est pas par contrainte.
Ce qui lie Petőfi a sa nation est une sorte de fraternité chamelle que l'évidence chronologique et biologique ne salirait entamer et dont il est fort peu d'exemples, si meme il y en a, dans la vie des autres nations.
Chantre du peuple, héraut de la Révolution et apôtre de l'émancipation universelle, Petőfi, le poete-soldat Petőfi, a disparu le 31 juillet 1849, au cours de la bataille de Segesvár qui précéda de peu l'écrasement définitif de la jeune république hongroise par les forces conjuguées des Habsbourg et du tzar. Il avait vingt-six ans. Vingt-six ans seulement dont cinq pourtant déja d'une célébrité toujours croissante. Si l'on est fondé a croire qu'il fut transpercé par la lance d'un uhlan, on n'a jamais eu la véritable preuve de sa mort. De la a imaginer qu'il pouvait a tout instant reparaître, il n'y avait qu'un pas pour ses contemporains; beaucoup le franchirent qui, trente ans encore apres la bataille de Segesvár, crurent reconnaître Petőfi, sur un marché ou dans luie galerie de mine, le dos cassé et la tete blanchie.