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6 PRÉFACE DE CROMWELL L'heure lui paraît décisive : une troupe de comédiens anglais fait applaudir a Paris les principales pieces de Shakespeare : ce succes est a exploiter; d'autre part, le public est en effervescence, les discussions se multiplient autour des formes que doit revetir la tragédie nouvelle , autour des modeles a imiter et des ouvres dramatiques étrangeres. Victor Hugo ne se bornera pas a publier Cromwell : il fera précéder sa longue piece injouable d'une préface dans laquelle il exposera les idées et les théories qui bouillonnent en lui. Cette préface qui devait etre (lettre du 24 septembre, a Victor Pavie) aussi courte que possible devient un long manifeste ou l'auteur se pose en chef d'école et développe ses idées avec une énergie militante et un accent peu commun. Cromwell et sa Préface paraissent ensemble le 4 décembre 1827.Ce qu'est la Préface. La Préface de Cromwell est un événement littéraire capital. Elle est a la fois l'aboutissement d'une évolution des esprits, le résultat d'une fermentation profonde et l'expression achevée de ce travail intérieur qui s'est effectué dans la pensée du jeune Hugo depuis ses premieres productions poétiques. Elle présente donc, avant tout, un double intéret essentiel, biographique et historique. Ce qui n'enleve rien, d'ailleurs, a sa valeur littéraire intrinseque.Avant la Préface. Évolution de la tragédie. Sources et influences. Au cours du xvine siecle la tragédie classique avait poursuivi sa carriere avec Voltaire, qui, pourtant, par d'heureuses innovations, avait essayé de lui apporter plus de mouvement et de vie extérieure, d'élargir la scene, d'accroître l'importance du décor historique. Apres Nivelle de la Chaussée, inventeur de la comédie larmoyante, Diderot avait tenté, par le drame bourgeois, de créer un genre hybride, qui tînt le milieu entre la tragédie et la comédie, le genre sérieux , et qui représentât des personnages sensibles portant la marque de leur condition : l'idée n'était pas sans intéret, mais Diderot n'avait guere abouti qu'a des peintures prosaiques de mours bourgeoises ou la vraisemblance était gâtée par la sensiblerie déclamatoire, l'emphase verbale et l'exagération des jeux de scene. Ses successeurs, tous les auteurs de drames ou se repaît la sensibilité vertueuse du public, ne font qu'accentuer ces défauts. Quant a la vraie comédie, déja renouvelée par Marivaux, elle triomphe, a la fin du siecle, melée de satire sociale, avec la verve étourdissante de Beaumarchais.Que se passe-t-il pendant la Révolution et l'Empire ? Dans l'ensemble la scene demeure soumise aux regles et aux conventions classiques. Il faut noter pourtant le gout de plus en plus répandu pour les sujets pris dans l'histoire nationale : apres les pieces historiques de Collé et de de Belloy, le Charles IX de Marie-Joseph Chenier obtient, en 1789, avec Talma, un éclatant succes. Ray-