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CHAPITRE PREMIEREstimé Jolicoeur déboucla son vieux ceinturon de toile oü était accroché un Smith et Wesson 41 Mag-num rouillé et le posa sur le rebord d'une tömbe, á cóté de son chapeau de paille tressée et d'un sac en papier contenant trois mangues. Debout, l'Haitien s'étira et báilla. II était tout juste six heures du matin, et le soleil ne brülait pas encore. Dans trois heures la température serait infernale. Le cimetiére de Port-au-Prince, comme le reste de la ville, était une vraie fournaise. Si les morts n'avaient pas été protégés par d'épaisses dalles en ciment ou en marbre, ils auraient coulé comme du beurre. Dieu merci, les Haítiens étaient traditionalistes : pour enterrer dignement un parént, on se privait de manger et les .fiiles de la famille allaient jusqu'á se prostituer, le cas échéant.Estimé, peintre en inscriptions funéraires, en savait quelque chose. Les fiilettes obtenues en échange d'une belle épitaphe sur un caveau tout neuf lui évitaient de dispendieux recours aux Dominicaines pourries des petits bordels bon marché de la route de Carrefour, En outre, sa qualité de Tonton Macoute dissuadait ses rares clients non-analphabétes de corriger son orthogra-phe approximative.