Bővebb ismertető
CHAPITRE PREMIER
Don Federico Sturm leva la tete sans lâcher l'en-
r
colure de sa vigogne. Une vieille Impala blanchâtre
venait de quitter la piste rectiligne longeant le bord
marécageux du lac Titicaca pour s'engager dans l'allée
bordée d'arbres menant a son estancia. L'Allemand
fronça ses sourcils noirs et fournis : il n'attendait aucune
visite et n'aimait ni les importuns, ni les curieux.
Depuis plus de vingt ans qu'il était installé en Boli-
vie, il n'avait certes pas eu a se plaindre de l'hospita-
lité de la douzaine de gouvernements qui s'étaient
succédé a la tete du pays, mais, dans son cas, on n'était
jamais tout a fait a l'abri d'une surprise désagréable
L'Allemand se força a caresser le poil délicieusement
doux de la vigogne sans prendre garde a la voiture,
enfonçant avec volupté l'extrémité de ses doigts dans
l'épaisse toison. L'animal frémit de contentement et
tourna la tete vers son maître. Don Federico lui parla
doucement a l'oreille en allemand et lui flatta le
ventre, la ou les poils ressemblaient a de la soie.
Il y avait longtemps qu'il avait reporté sur cette
vigogne tout ce qui lui restait de sentiments humains.
Des chasseurs « aimaras »* la lui avaient apportée
deux ans plus tôt, blessée, et il l'avait achetée pour
1 Indiens vivant sur TAltiplano.