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INTRODUCTION Ci-gît Spinoza ; crachez sur sa tombe ! Tels étaient les premiers mots d'une épitaphe versifiée par un lettré hollandais, ministre de l'Eglise réformée (1), et qu'on peut lire dans un recueil paru en 1729, une cinquantaine d'années apres la mort du philosophe. Une telle invective était un écho de celles qui avaient accueilli la publication, en 1670, du Traité theologico-politique, dont l'auteur anonyme, dans le dessein de préserver la liberté de conscience, enseignait une maniere de lire l'Ecriture qui était la ruine de toute orthodoxie. Je ne me souviens pas, écrivait en 1671 le pasteur arminien Philip van Limborch, d'avoir jamais lu un livre plus pestilentiel. L'auteur tourne en dérision les Prophetes et les Apőtres ; pour lui, il n'est jamais arrivé de miracles et il est impossible qu'il en arrive ; il y a un destin, auquel Dieu lui-meme est enchaîné ; nonobstant. Dieu est décrit par lui de telle maniere qu'il paraît completement supprimé (2). Spinoza, bientőt connu comme l'auteur de ce livre, a été le scandale de son siecle ; ses contemporains n'ont vu en lui qu'un athée masqué.Cependant, deux siecles apres sa mort, une statue lui était élevée a La Haye, pres de la maison,(1)Karel Tuinman, évoqué par J. Van Vloten, in Chronicon Spinozanum, IV (1924-1926), p. vu.(2)Cité par J. Freudenthal, Die Lebensgeschichte Spinoza's, p. 292, n. 8.