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Pen de personnages ont excllé pins de haine et plus d'admira-lion qne Talleyrand. La cnriosité passionnée (/n'inspire cet homme sans passion est inextinguible car il s'est voulu indéchiffrable et il Va été.
Il s'agissait de retrouver l'homme sous .ses masques. L'entreprise donnait ci réfléchir. Nous nous sommes accrochés a tous ceux qui l'ont connu, l'ont entendu, l'ont peint et ausculté. Les témoins sont innombrables : il fallait les rassembler. C'est a l'historien Marc Ferro que nous sommes redevables d'avoir pu accéder.aux meilleures sources. L'approche de notre héros nous a plongés dans certaines perple.niés, en particulier au moment oil il lie son sort a celui de Napoléon Bonaparte. Les relations de ces deu.r personnages s'éclairent tout autrement quand, au lieu de s'en tenir a la « légende napoléonienne » qu'on nous rabâche, on retrouve l'histoire. Qurmd donc, Marc Ferro, une i fjuipe de jeunes historiens nous resiituera-t-elle la véritable histoire du Consulat et de l'Empire? Un ouvrage comme celui de Louis de Villefosse et de Jeanine Bouissounousse : « L'op-position a Nai)oléon » jette sur l'aventure de Napoléon un trait de lumiere dont je les remercie. Le rôle de Talleyrand parait alors, grâce a eux, moins mystérieux et moins condamnable. Le livre d'Emile Dard : « Napoléon et Talleyrand » m'a également aidé. Celui de Michel Poniatowski : « Talleyrand aux lílats-1'nis » est plein de révélations sur les activités financieres, sur le courage et la conscience professionnelle de mon-
PRÉFACE 11
le fait redécouvrir et l'on est dangereusement tenté de le redéfinir a chaque page. Quelle erreur ce serait! On ne définit pas M. de Talleyrand, on l'accompagne. La promenade a travers quatre-vingt-quatre années bouleversées est passionnante, du séminaire aux boudoirs, des autels aux tripots, de Versailles aux officines louches. Ici et la, il est comme la soie : elle chatoie, les reflets s'évanouissent, le tissu demeure. Les chatoiements de M. de Talleyrand sont parfois de purs scandales, parfois des scapinades; il leur arrive de faire peur, mais le jeu est toujours fascinant.
Ce ne sont pas précisément les theses de tel historien, de tel biographe qui ont permis a cet inquiétant visage de se montrer a nous plus librement qu'il ne l'a jamais fait. Nous devons cela a l'air de notre temps contestataire et anarchique qui a te pouvoir de faire tomber les masques. Talleyrand, pour qui les Liaisons dangereuses étaient sans danger, se trouvait dépaysé dans la société bourgeoise du siecle de Joseph Prud'homme. Il s'est ennuyé a mort, c'est visible, dans certains ouvrages qui lui furent consacrés pendant cette morne époque; aussi fit-il faux bond a ses biographes et garda-t-il son masque de sphinx. Nous avons, depuis, changé de lunettes, et nous voyons l'éveque, le Constituant, le ministre contestataire, se trouver plus a l'aise dans « la contestation » de 1970 que parmi les redingotes de 1838.
L'occasion était bonne de lui dire : « Monsieur de Talleyrand, asseyons-nous et causons. » Comme nous lui avons épargné les faux sermons, il nous a, peut-etre, montré son vrai visage.
Un proverbe africain dit : « Tu es le fils de ton époque plus que le fils de ton pere. » Talleyrand est le fils de plusieurs époques et meme de plusieurs mondes. Lorsque son masque d'impassibilité est percé, son visage, tout humain et aimable qu'il soit, laisse cependant deviner des gouffres d'ombre que le clair génie du siecle de Louis XV n'arrive pas a éclairer. Talleyrand est a la fois le contemporain de Voltaire, celui de Mirabeau, celui de Bonaparte, celui de Lamartine et de Balzac. Il parle la langue de Voltaire, il trafique comme Mirabeau et il finit par clopiner dans les « Ténébreuses affaires » de la Comédie Humaine.
Bien qu'engagé dans le présent, il est toujours immuable. A travers les cataclysmes de l'histoire, il a été l'irremplaçable véhicule des grandeurs, des vices, des élégances et du charme du passé. Fidele a la perruque et a l'aménité du siecle des Lumieres,