Bővebb ismertető
Tant dans l'événementiel que dans le passionnel de l'histoire, la crise de la Réforme établit dans l'Occident chrétien une irréparable rupture. L'évidence est désormais celle des «freres ennemis». Les hérésies se sont faites églises, et celles-ci, tranchées de l'Eglise originelle, naturellement hostiles1. Du corps commun d'une Chrétienté mourante surgissent maintenant, âprement constitués en complexes religieux et politiques, catholicisme romain, luthéranisme et calvinisme, maîtres, a quelques sectes pies, de tout l'ordre chrétien du monde occidental. A l'opposition dogmatique fondamentale, issue de l'expérience religieuse ou de la vision sotériologique des réformateurs du XVIe siecle, la controverse et la littérature polémique d'un côté, l'exploitation politique et parfois sociale des doctrines nouvelles ont apporté cristallisation durcissante, violence incriminatrice et souvent l'inexpiable du sang. Guerres dites de religion en France, les arriere-fonds religieux de la guerre de Trente Ans, par certains côtés une des dernieres guerres saintes, aussi bien que buchers ou prisons du Saint-Office ou la saignée humaine du royaume de France de par la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, définissent d'une continuité quelque peu diabolique la fatalité d'une division qu'ont scellé, dans l'ordre européen neuf, les traités de Westphalie en reconnaissant, dans un instrument diplomatique solennel, la rupture consommée par la coexistence des deux corps, corpus catholicorum et corpus evangelicorum, bi-partisme religieux de l'unité décisivement perdue2. Plus grave peut-etre, a coup sur aussi fanatiquement étalée, la haine confessionnelle. Outre les affrontements de doctrine et meme les déchaînements inlassés de la controverse ou la véhémence des injures, aussi luxuriantes qu'ordu-rieres, une imprégnation d'images eschatologiques découvre, dans le mental collectif des adversaires, une maniere d'irrémédiable damnateur, confinant a l'extermination nécessaire. L'Eglise romaine, prostituée de Babylone (Babylonisclie hur), les pretres catholiques, pretres de Baal (Baalspfaffen) ou le pape glorieusement régnant naturellement l'Antéchrist, cette imagerie scripturaire et de fin des temps est devenue habituelle dans les milieux calvinistes rhénans des premieres décennies du XVIle siecle, dénonciateurs sinceres de l'idolâtrie romaine comme des ténebres dans lesquelles se complaisent les catholiques. Quand le nonce pontifical survient a Nimegue l'été 1678, comme médiateur de paix apres bien des tractations contrastées, les prédicateurs calvinistes des Etats continuaient encore de dénoncer son maître comme l'Antéchrist enfin survenu et donc a tout prix a abattre pour que survienne le regne. Du côté de l'orthodoxie catholique, images et refus ne sont pas moins expressifs: peste, venin, serpent et quelques malédictions parfois malodorantes sont d'usage quasi naturel. Pareil vocabulaire d'adversité diagnostique l'inexpiable passionnel. Aussi au terme de l'époque moderne, avant que ne s'ouvrent les temps révolutionnaires, l'unité chrétienne de l'Occident semble définitivement perdue. Demeurent seules une coexistence farouche dans une accusation réciproque
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