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Un Sud utopique
A peine Van Gogh s'était-il installé a Paris qu'une idée s'empara de lui, l'homme venu du Nord,une idée tres vague d'abord,puis insistante: l'idée du Sud. Comme si Paris, la métropole de l'art, n'était qu'une étape sur la voie menant a l'essentiel. Il ne s'agissait pas simplement d'un changement de cadre, mais plutôt d'un immense espoir. A l'instar de Gauguin, il était mu par une profonde quete de Tailleurs, et cet ailleurs Van Gogh l'associait -sans autre précision géographique - avec le Sud, région céleste, située au-dela de toutes les peines, au-dela des contraintes de la civilisation et d'une métropole a ses yeux tumultueuse et corrompue, au-dela des difficultés d'existence et des questions picturales sans réponse: un Sud, royaume de l'imaginaire et de la délivrance, un Sud devenu utopie. Gauguin se rend en Martinique, puis a Tahiti, réalisant ainsi un reve qui le désillusionnera ensuite. Van Gogh, lui, accaparé par l'idée du Japon, part s'installer dans le Sud le plus proche de lui: la Provence. Et c'est la que s'épanouira son utopie d'un Sud synonyme de bonheur. Chose surprenante, il n'arreta pas son choix sur une colonie d'artistes comme Pont-Aven en Bretagne, ni sur un lieu imprégné d'art, comme l'Aix de Cézanne, il se décida pour un terrain «neutre»: Arles. Il aurait pu élire n'importe quel autre lieu, mais peut-etre ce lieu devait-il etre libre de tout concept, de toute réalisation, de tout mouvement, etre le lieu dtsa liberté. En prenant le parti de se rendre dans un monde «a lui», Van Gogh renonçait a l'univers des artistes qu'il venait de découvrir a Paris. Autrefois, tant en Hollande qu'en Belgique, il s'était trouvé coupé de toute actualité artistique, réduit a n'en recevoir que les échos sous forme de témoignages oraux ou de mauvaises reproductions de tableaux. Lorsqu'il arriva a Paris au printemps 1886, a l'âge de trente-trois ans, il se trouva brusquement