Bővebb ismertető
.?4. HUIT ans, la vie n'est pas drőle pour Viou, la petite Sylvie, orpheline de pere, élevée au Puy par ses grands-parents. Depuis la mort de son fils unique, jeune médecin tombé sous les balles allemandes a la Libération, grand-mere n'émerge de son deuil que pour rabrouer son prochain. Quant a grand-pere, s'il consent a sourire, la direction de son entreprise de bois et charbon ne lui laisse guere le temps de jouer. Mais l'enfance porte en elle sa propre joie. Grâce au chien Toby, aux amies de classe et surtout aux lettres de maman, qui travaille a Paris, la petite écoliere échappe a la mélancolie.Pourquoi Troyat, le biographe des géants 'tusses (Pierre le Grand, Tolstoi, Catherine la Grande), a-t-il choisi une héroine française haute comme trois pommes ? Peut-etre pour nous prouver que la simple compagnie d'une petite fille inconnue est une inépuisable source d'émerveillements. Pour conquérir le lecteur, en effet, rien ne vaut la tendresse de Viou.A ma filleIComme d'habitude, Emestine cria : Sylvie, arretez-vous ! mais sans chercher a rattraper la fillette. Et, comme d'habitude, Sylvie eut l'impression qu'elle allait, d'un coup de jarret, s'élever a quelques metres au-dessus du sol. De toute la classe, c'était elle qui courait le plus vite. Cependant, nul dans la famille ne semblait prendre garde a ce talent exceptionnel. Inexplicablement, les grandes personnes, quand elles s'occupaient des enfants, n'accordaient d'importance qu'a leurs études. Le choc des livres et du plumier tressautant dans le cartable rythmait l'élan de Sylvie sur le trottoir. Arrivée devant le porche de la maison, elle s'arreta pour reprendre sa respiration et attendre Ernestine. Par un accord tacite, meme lorsqu'elle courait un peu dans la rue pour se dégourdir les jambes, elle ne rentrait jamais sans la servante. Ses grands-parents ne l'eussent pas admis. Ils tremblaient tellement pour elle qu'ils lui interdisaient de sortir seule. Comme si elle se fiât exposée au moindre danger dans cette bonne ville du Fuy, dont elle connaissait tous les recoins pour s'y etre promenée cent fois avec eux. Vraiment, on aurait pu croire qu'ils ne la voyaient pas grandir. Déja l'année précédente, lors de son septieme anniversaire, ils lui avaient annoncé qu'elle avait atteint l'âge de raison. Et, malgré cette affirmation, rien n'avait changé dans leur comportement a son égard. Elle leva les yeux sur l'écriteau semi-circulaire qui dominait le porche. On y lisait, en lettres jaunes sur fond vert : Maison Lesoyeux, matériaux de construction charbons, cokes en gros. Ce nom de Lesoyeux, Sylvie en jugeait la consonance