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YVAIN
OU LE CHEVALIER AU LION
INTRODUCTION
LA DATE D'YVAIN
Nous avons, dans la chronologie des romans arthuriens, signalé que la composition du Chevalier au Lion et celle du Chevalier de la Charrette dataient de la meme époque, et que Chrétien de Troyes avait écrit les deux ouvres ensemble, et non pas coup sur coup. L'examen des textes engage a le croire. Il a permis a A. Fourrier (loc. cit.) d'établir l'antériorité d'Yvain.
Chrétien écrit en effet aux vers 34-35 de la Charrette :
Apres mangier ne se remut li rois d'antre ses conpaignons.
Pourquoi cette précision? On peut s'étonner d'un détail sans grande portée apparente, car il n'y a rien de surprenant a ce que le roi reste avec ses convives, une fois le repas terminé. Mais il faut voir dans cette remarque une allusion a un épisode du Lion. Au début de ce dernier roman, il est question également de la fin d'un repas; mais, contrairement a son habitude, le roi manifeste le désir de monter se coucher, au grand scandale de sa cour :
42 Mes cel jor molt se merveilllerent del roi qui einçois se leva, si ot de tex cui molt greva et qui molt grant parole en firent, por ce que onques mes ne! virent a si grant feste an chanbre antrer por dormir ne por reposer.
L'antériorité d'Yvain permet d'expliquer également la surprise que la Cour manifeste, dans la Charrette (v. 82-244), lorsque Keu se propose pour relever le défi de Méléagant. Le roi cherche a s'y opposer; la reine dissuade le sénéchal de tenter l'aventure, et chacun juge cette offre outrecuidante et déraisonnable. Pourtant, Keu, la suite le prouve, sait se montrer vaillant chevalier, et on doit le savoir a la Cour; mais, au début du Chevalier au Lion, il se comporte en bouffon, et c'est le souvenir de rodomontades récentes qui empeche son entourage de le croire digne de la mission.
Cependant, on trouve dans Yvain trois allusions a Lancelot : les vers 3700-3707 et 3929-3933 mentionnent l'absence de Gauvain, parti a la, recherche de Guenievre, et les vers 4734-4739 rappellent la