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J a représentation de la différence des sexes est, selon l'anthropologue Françoise Héritier, un fondement essentiel dans les diverses cultures humaines, et les femmes enceintes y tiennent leur place depuis la nuit des temps. La grossesse est un état temporaire - de neuf mois, en théorie - compris entre la fécondation et l'accouchement, et se déroulant uniquement dans le ventre féminin. Condition essentielle de la survie de l'espece, la grossesse a une dimension biologique évidente. Or, comme d'autres expériences humaines, elle releve certes de la nature, mais aussi de la culture. La fascination pour le pouvoir procréateur des femmes et les métamorphoses de leur corps pendant la gestation ont en effet donné lieu a de multiples rites, mythes et images au cours du temps. Leur représentation differe toutefois profondément selon les époques et les civilisations. Etudier cette histoire permet d'éclairer l'évolution des croyances et de la place faite aux femmes et a leur fécondité.
La grossesse, un symbole de fertilité ancien en Occident
De nombreuses statuettes du paléolithique supérieur (entre 35 000 et 10 000 ans avant notre ere) représentent des femmes nues avec des signes sexuels exacerbés : poitrine opulente, hanches et fesses larges, ventre rond. Certaines de ces « Vénus » sont manifestement enceintes. Leur omniprésence a conduit a penser qu'il s'agit de
représentations symboliques renvoyant a la fécondité féminine. Ces « Vénus » sont-elles des déesses, auxquelles serait rendu un culte magique? Ou bien révelent-elles les pratiques et les désirs sexuels de cette époque? Quelques-unes, tres stylisées et percées au sommet, étaient vraisemblablement portées comme des pendeloques, ou peut-etre des amulettes destinées a protéger la femme pendant la grossesse et l'accouchement. D'autres Vénus, dites « aurignaciennes » (d'Aurignac, en Haute-Garonne, mais dont on retrouve des exemples similaires sur une vaste aire qui s'étend jusqu'en Russie), semblent réalisées sur un meme modele. Leurs contours s'inscrivent dans un losange : les seins, le ventre et les hanches sont énormes, tandis que la tete et les pieds sont tres petits, voire négligés. Le chercheur américain Leroy McDermott a émis en 1996 l'hypothese audacieuse qu'il ne s'agirait pas de simples Vénus symbolisant la fertilité, mais d'autoportraits de femmes enceintes. Leurs étranges proportions correspondraient en effet a la maniere dont une femme enceinte perçoit son propre corps en l'absence de miroir: elle observe avant tout une forte poitrine, puis des hanches et un ventre volumineux, mais n'aperçoit guere le bas de
Statuette féminine dite Polichinelle,
grotte de Baoussé-Roussé,
fouilles Louis-Alexandre Jullien (1883-1895),
vers 25 000 av. J.-C., stéatite verte,
Saint-Germain-en-Laye,
musée d'Archéologie nationale.